Le site Comprendre2050.fr, porté par The Shift Project en partenariat avec l’ADEME et l’Association négaWatt, est en ligne. Mais ce travail considérable n’aura de sens que s’il se poursuit dans la société, et que les parties prenantes – médias, acteurs économiques, société civile, politiques… – s’en saisissent pour mieux informer le débat, à tous les niveaux.

Par Yves Marignac, expert énergie et nucléaire et porte-parole de négaWatt

Un grand merci donc à Aristide Athanassiadis (Metabolism of Cities) pour m’avoir permis d’expliquer cet enjeu : https://lnkd.in/eqhq5AdG

Les scénarios dont on parle ne sont ni des prévisions ni des prédictions. Ce sont des projections d’atteinte d’un objectif à long terme – la neutralité carbone en 2050 – selon différents critères et par différents moyens. Chaque scénario établit son bouquet de solutions et projette une trajectoire mêlant volontariste de l’action et réalisme face aux inerties, résistances et limites.

Au final, chacun dessine un projet de société, porteur d’une certaine cohérence au périmètre de ses intentions et de sa modélisation. Mais dès lors, quel usage en faire ?

1. Se saisir de l’ensemble des leviers et des enjeux pour les mettre en débat
Les scénarios énergie-climat ont fortement convergé ces dernières années dans leur manière d’appréhender les leviers d’action, en partant des besoins pour remonter aux ressources, et d’explorer leurs implications écologiques, économiques ou sociales. Ils offrent ainsi une base de plus en plus large et robuste de compréhension des options.

2. Accepter leur caractère normatif sans s’y laisser enfermer
Les prospectivistes ne sont pas là pour dicter des choix, mais pour nourrir des décisions démocratiques : ils fournissent des feuilles de route “optimisées” sur lesquelles chacun peut se positionner. Mais il s’agit ensuite d’ajuster la trajectoire aux réalités, en tenant compte de compromis à trouver, ainsi que de l’évolution des conditions au fil du temps.

3. Reconnaître leurs enseignements communs
Certaines options sont incontournables pour atteindre la neutralité carbone, seul leur niveau est soumis à débat (réduction de la demande, développement des renouvelables…), tandis que d’autres choix restent ouverts (nouveau nucléaire ou non…). Les débats devraient s’ajuster à ces constats.

4. Comprendre leurs limites et accepter les incertitudes
Les enseignements sont riches, mais des incertitudes demeurent, par ex. sur le rapport à la croissance, l’acceptabilité de paris technologiques ou sociétaux, l’exposition aux instabilités et aux crises… Ces difficultés ne doivent pas être gommées.

5. Construire les choix sur des actions de non regret
Certaines actions (sobriété, développement diversifié des renouvelables…) apparaissent, par leurs résultats plus rapides ou leurs co-bénéfices (santé, souveraineté, résilience…) comme des options de non regret. Leur engagement, en réduisant les contraintes, augmente les marges de choix.